30.04.2012

Marine Le Pen ou le paradoxe des droites

Dimanche 22 avril, 20h. Les premières estimations quant au résultat du premier tour de l’élection présidentielle sont rendus public. Mélanchon obtient plus ou moins 10 % des suffrages exprimés. Le score obtenu n’est pas aussi élevé que ce qu’il escomptait ni que celui prédit par les oracles sondagiers. En effet, ces prophètes faisant tant la pluie que le beau temps le situaient entre 13 et 16 % des voix. Parfois se trouvait-il même devant la candidate frontiste. La deuxième suprise réside dans le résultat étonnament élevé de Marine Le Pen. Pour une première candidature, pour la représentante d’un Parti « diabolique », pour la fille de Jean-Marie Le Pen, obtenir un score « record » comptabilisant 6, 5 millions de voix, soit un peu moins de 19 % de suffrages exprimés, fait montre d’une campagne – électorale et de dédiabolisation – particulièrement réussie.

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25.04.2012

"Le Hussard bleu" ou la génération perdue

Le roman de Roger Nimier « Le Hussard bleu » débute sur une image particulièrement cocasse : François Sanders, jeune soldat de l’armée française, ex-milicien, se masturbant sur une photographie de Marlène Dietrich. Commencement très provocateur pour un texte rédigé entre 1949 et 1950. Mai 68, avec ses talons de fer, n’avait encore réduit en poussière toute pudeur, toute morale, conséquemment Michel Hoellebecq n’avait pas encore écrit « les Particules élémentaires » ou ses diverses nouvelles recelant de passages obscènes – d’ailleurs était-il déjà de ce monde ? –, et le particulièrement médiocre « chef-d-œuvre » de Daniel Cohn-Bendit intitulé « Le Grand Bazar » - titre pris à l’aune de son style – n’avait encore paru.

Dans « Le Hussard bleu », l’on suit les confessions de divers hussards – et de leurs officiers – ayant pris part à la campagne d’Allemagne de 1945. Ils notent leurs pensées, leurs impressions, ainsi que les événements qu’ils traversèrent pendant cette guerre étrange. Les compagnons vivent puis meurent selon les aléas du feu et du fer. L’existence de certains d’entre eux s’interrompt subitement, sous nos yeux et nos sens, ébahis par ce fil qui se rompt si soudainement : voici que Sanders est défiguré par un éclat, voilà que Maximian est dépouillé de ses membres ; il trépasse quelques instants après. L’on voit également le petit Saint-Anne mourir sur l’ordre de son amante, ce sans gloire aucune. Saint-Anne était le contraire de Sanders. Il était le jeune homme innocent, naïf. Il était l’amoureux crédule, abusé, le croyant doux et persévérant. En quelque sorte le héros des contes et légendes. Sa mort prend une dimension toute symbolique : la génération qui le berce ne parvient à trouver sa place dans ce monde détruit et sans repère. Elle tente de se rattacher à quelque chose, de l’agripper. Force est de constater son échec.

Le héro – plutôt un anti-héro si l’on le confronte aux critères moraux de l’époque – demeure François Sanders ; cela ce ressent au fil des pages de par l’importance qui lui est consacré tant au point de vue quantitatif (nombres de pages où il s’exprime) que qualitatif (crédit qu’il possède auprès des autres personnages). Il rejette toute morale – c’est l’esprit provocateur de Nimier –. C’est d’ailleurs avec une délicieuse ironie mâtinée d’un raffinement esthétique, que Sanders fait l’apologie du viol – presque son éloge – : tout hussard, soucieux de défendre l’honneur de son pays, doit violer une ou mêmes plusieurs femmes allemandes. En effet, les français n’ayant pu se distinguer par leur talent guerrier doivent le faire avec leur talent amoureux. Ne sont-ils pas perçus par les autres peuples comme les serviteurs les plus fervents du dieu Eros ? François Sanders s’y adonnera donc, plus par devoir que par plaisir – quoique la volupté, conséquence de cet acte, soit également présente –.

Par son engagement milicien puis dans l’armée française, ce personnage donne du sens à la célèbre maxime : « En 1940, il y avait 44 millions de Pétainistes, en 1945, il y avait 44 millions de Gaullistes en France ! ». L’homme se reproche d’ailleurs à lui-même ce manque conviction. Il admire le comportement d’un de ses compagnons de la Milice, Bess. Malgré le départ de Pétain, les défaites successives de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie, le militant persévéré sur la voie de la Révolution nationale, jusqu’à poussé son engagement vers la mort. Conscient que la situation ne peut plus se renverser, il se donnera la mort par pendaison.

Sanders et une partie des jeunes hussards de son régiment incarnent le malaise de la génération des « 20 ans en 1940 ». Ils se sont enthousiasmés pour les Maurras, Barrès et Pétain, se sont enflammés au gré des lignes de Brasillach, Cousteau et Rebatet, se sont parfois rassemblés sous les bannières des Camelots du roi, des ligues fascistes, des régiments de la Milice, des LVF.

C’est principalement cela que montre Nimier dans ce texte. Il présente le malaise éprouvé par la génération à laquelle il appartient. Sanders écrit cette phrase magnifique qui résume la pensée de Nimier : « Tout ce qui est humain m’est étranger ».

La France des années 50 est celle de l’après-guerre, de l’après-Pétain. La droite, littéraire, politique et autres, est détruite, discréditée. Une partie de cette famille hétérogène avait soutenu le Maréchal, l’avait porté au pouvoir. Elle n’avait plus sa place dans la France de la Libération.

Un opprobre terrible avait été jeté sur les artistes de cette faction. Certains avaient fuis (Céline, Chardonne), d’autres étaient emprisonnés (Maurras, Rebatet), d’aucuns n’avaient pas même survécu (au nombre desquels l’on retrouve Brasillach et Drieu). La gauche – malgré l’appui apporté par certains de ses membres au fascisme (notamment Doriot, fondateur du PPF, était un transfuge du PCF) – a remporté les élections. Ses sbires sont partout : ils « contrôlent » les médias, les arts et les lettres : le comité national des écrivains est un bastion communiste ; les existentialistes de Sartre et de Beauvoir occupent tous l’espace philosophe et littéraire.

La génération qui fut séduite par le fascisme – que Brasillach dénommait « mal du siècle » – cherchait sa place sans parvenir à la trouver. Aucun espace ne leur était donné. Les romans à thèse des existentialistes s’étaient imposés dans les librairies. Nimier va les combattre. Il mènera de nombreuses escarmouches pour rendre à la littérature ses romans. Son esthétique romanesque est d’ailleurs très proche de celle de Stendhal. Dans la culture du groupe des « Hussards » (Nimier, Déon, Blondin, Laurent), l’écrivain romantique tient une place importante : il est un fondement de leur écriture, un modèle incomparable. Ils lui empruntent l’esprit romanesque, sa légèreté, sa beauté. Ils lui rendent honneur en le citant, en prêtant à leurs personnages les noms qu’il donnait aux siens, en mettant entre leurs mains « Le rouge et le noir », « La Chartreuse de Parme ».

L’ironie. Voici le terme qui pourrait probablement qualifier avec pertinence Roger Nimier, décédé il y a de cela 50 ans. Pour l’anniversaire de sa mort, serait-il agréable de le voir édité a la Pléiade. Le rêve au moins est toujours à portée de mon esprit. 

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13.04.2012

Brume des Baléares

En l'honneur d'un auteur dont les textes sont honnis, en l'honneur de celui dont la plume composa le texte si poétique qu'est "comme le temps passe".

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04.04.2012

Virgile, poète de la terre et des morts

Dans une époque où toute appartenance à un peuple, à une nation quelconque semble remise en cause, dans une ère où de nombreuses forces politiques souhaitent édifier une identité européenne illusoire par delà les dissimilitudes de culture, de langue et de mœurs, par delà l’altérité significative, dans une période où d’autres tentent – sans pour autant y parvenir – de nous muter en « citoyen-du-monde », sans origine ni racine, sans terre ni morts, ni histoire ni culture auxquels s’attacher, Virgile et son poème « fondateur de l’identité latine » l’Enéide semble brûlament d’actualité. Ce fait est d’ailleurs rendu visible par certaines des publications récentes, notamment par le texte de Florence Dupont « Rome, la ville sans origine : L’Enéide : un grand récit de métissage ».

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28.03.2012

"Un cuento chino"

Se basant sur un fait réel, Sebastián Borensztein a réalisé son dernier film « Un cuento chino » - une traduction littérale donnerait « Une histoire à dormir debout » ou « Une histoire chinoise ». Jouant habillement sur les mots, le réalisateur nous livre une histoire merveilleuse, tant absurde que « chinoise », correspondant ainsi pleinement à son titre.

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23.03.2012

Le rêve éveillé d'un voyage au travers de l'espace et du temps

Au détour d’un rayon de ma bibliothèque, ai-je trouvé un disque à la couverture cartonné ; je l’ai saisi de mes mains et ai lu les mots apposés sur la première face : B.A.C.H.IANAS et transcriptions, David Bismuth. Sur la première page se présentait un jeune pianiste au large front éburnée, l’œil mi-clos, l’air ailleurs, inspiré par je-ne-sais-quoi d’indicible – les muses païennes, inspiratrices des aèdes ? Le Dieu chrétien soufflant à l’oreille de J.S. Bach ? Ou simplement cette voix intérieur, présente en chaque artiste de talent, de grand talent ? –.

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21.03.2012

Les désenchantés - l'histoire d'une droit littéraire d'après guerre

Alain Cresciucci nous mène avec son dernier texte « Les Désenchantés, Nimier, Déon, Blondin, Laurent » dans une cavalcade effrénée aux côtés des Hussards. Tantôt voyageant dans la Gaston-Martin de Roger Nimier armé de son esprit vif et querelleur, tantôt chevauchant aux côtés de Jacques Laurent – parfois Cecil Saint-Laurent –, paladin des causes sans espoir ; parfois buvant une pinte de rhum attablé face à Antoine Blondin à la Rhumerie martiniquaise ou le suivant sur les routes du Tour, rédigeant quelques chroniques pour l’Équipe ; et plus rarement, l'on se trouve projeté dans le salon feutré d’un petit café chaleureux jouxtant la maison de la Table ronde – maison d’édition principale des Hussards, dirigée par leur ami Roland Laudenbach –, ce en compagnie de Michel Déon.


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19.03.2012

Figaro - ou le triomphe du Don Juan

Hier a eu lieu la dernière représentation de « Figaro ! » d’après la pièce de Beaumarchais et le livret de l’opéra "les noces de Figaro" de Lorenzo da Ponte. Je me suis rendu à celle de samedi soir, de la veille ; il est vrai qu'une certaine appréhension me hantait. Je redoutais plusieurs éléments : en premier lieu, le « d’après » me semblait pouvoir impliquer une grande liberté de la part du metteur en scène, une grande part « d’adaptation » ; en deuxième lieu, la revendication de l’inspiration de l’affaire DSK et des révolutions arabes me semblait pouvoir intenter considérablement au texte d’origine, à sa substance, son essence ; enfin, l’anticlassicisme de certains interprètes contemporains me semblait pouvoir compromettre le plaisir éprouvé lors de la représentation.

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08.03.2012

Lectures homériques

Zeus, Héra, Héphaïstos, Achille et Ulysse. Cette myriade de héros et de dieux antiques ont vécu et vivront à nouveau l’espace de quelques heures. Tout commença simplement. Pausons un cadre : la salle de la Bourse, rue Pétitot 8. Deux claviers à queue, un pianoforte et des colonnes en arrière fond. Un sol fait de lattes de bois ; des murs blancs. Des gradins au confort relatif, mais qu’importe. La magie du lieu fit rapidement place à la magie de la langue.

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04.03.2012

J'aime regarder les filles

 

La jeunesse. Quel lieu commun que de dire qu’elle est impertinente, gonflée ; qu’elle est inconstante, passionnée ; inconsciente mais si charmante ; que son âme s’enflamme pour un rien, ou pour si peu ; que sa faim de vivre est insatiable ; que ce qu’elle n’a pas, elle le compense par l’audace, le courrage, l’arrogance.

 

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29.02.2012

L'ancrage à gauche de M. Hollande

« Je n’aime pas les riches ! ». Dans la continuation logique de cette phrase, François Hollande a proposé mardi soir une nouvelle mesure fiscale : taxer à 75% les revenus supérieurs à un million d’euros par an.

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27.02.2012

Force Ennemie, John-Antoine Nau

John-Antoine Nau. Encore un illustre inconnu du monde des lettres, dont l’opinion publique, allant à l’encontre de l’avis de ses pairs, a nié le talent – ou du moins ne lui pas accordé une attention digne de sa qualité d’écrivain. Et pourtant, les récompenses qu’il obtint, le jugement de ses égaux, l’insigne valeur de son style ainsi que l’ingéniosité de son édifice romanesque le vouaient à tenir une place de choix dans le milieu des lettres de ce début de XXème siècle, à briller d’un feu incandescent et inaltérable parmi les auteurs qui lui étaient contemporains mais également à obtenir un succès littéraire certain auprès du public. Ce ne fut malheureusement pas le cas.

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23.02.2012

Son Eminence en col rose-et-blanc

Le libertinage ecclésiastique. Voici un sujet fort intéressant. On le retrouve tant dans divers romans du XVIIIème siècle, notamment Les Lauriers ecclésiastiques, que dans Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Dans ce dernier texte, un prêtre suggéra au jeune Rousseau des activités dont les vierges vestales rougiraient. Lui, dont l’esprit était encore noué par les liens de l’ingénuité, ne comprit pas la nature des propositions de l'homme d'Eglise. Ce ne fut que plus tard qu’il constata leur indécence. Avec son dernier roman Son Eminence en col rose-et-blanc, paru l’année passée chez Grasset, Guillaume de Sardes entre dans cet univers. Et ce, deux siècle et demi après ses maîtres.

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24.01.2012

Flamby est mort. Vive Flamby. La renaissance de François Hollande.

Flamby est mort. Vive Flamby. La renaissance de François Hollande.

 

Tout au long de son discours au Bourget, François Hollande s’est affirmé, s’est imposé en candidat incontestable – ainsi qu’incontesté – du parti socialiste. Alors que sa campagne était frappée d’immobilisme depuis quelques temps déjà, embourbée dans la lourdeur d’après les primaires – pesanteur qui se faisait ressentir dans les sondages par une légère perte d’intention de vote –, l’ancien premier secrétaire du parti a fait montre de puissance, dans ses propos ainsi que dans ses manières ; avec une gestuelle pleine de force, il a essayé de réaffirmer son pouvoir fédérateur, rassembleur et, à la sortie de cette assemblée, c’est chose réussie. Etait-ce simplement une liesse passagère, une ferveur portée par l’émotion du moment ? Nul ne le sait.

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23.01.2012

France Une et Indivisible, le droit de vote des ressortissants étrangers

Le droit de vote des étranger est une problématique récurente dans l'histoire de la Vème république. François Mittérand, dans son projet des 110 propositions pour la France, l'avait déjà préconisé, et ce en 1981. Aujourd'hui, ce sujet est remis au goût du jour par le candidat socialiste François Hollande. Il propose, dans son programme de campagne, d'accorder le droit de vote aux ressortissants étrangers pour les élections locales. Simple astuce électorale qui pourrait rapporter gros au parti socialiste ou véritable thèse idéologique défendue de tout coeur ? Un peu des deux probablement. Mais cette proposition est-elle souhaitable pour la France ?

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22.01.2012

Un certain Gaullisme - ou Gaullisme certain - au FN?

Le grand Général est toujours présent sur la scène politique française : de nombreuses personnalités, plus de droite que de gauche, se revendiquent de sa personne : Dominique de Villepin, Nicolas Dupont-Aignan, d’innombrables députés UMP ainsi que François Bayrou, dans une certaine mesure. Ces politiens l’assument, l’affirment, le revendiquent. Ce gaullisme, ils en ont conscience. Une autre personnalité politique, candidate du Front national à l’élection présidentionnelle 2012, se tient également sous l’ombre du grand Général, mais ce de manière voilée, discrète ; moins assumée.

 

En effet, le mouvement du Général de Gaulle se caractérise par certains attributs propres : l’indépendance de la France vis-à-vis de l’étranger ou d’organisations internationales hiérarchiquement supérieures, un Etat – tentaculaire – fort et impliqué dans la vie économique (nombreux projets de travaux publics, nationalisation de certaines entreprises ou de certains domaines économiques), un lien direct entre le président et le peuple qui se révèle par l’appel récurent au peuple par le biais du référendum. Le général voulait redonner de la grandeur à cette France tombée en déliquescence ; il espérait lui rendre son statut de grande nation. Et l’on retrouve un certain nombre de ces critères dans le programme du Front national.

 

Dans ce programme présidentielle, il est dit que la loi française devra primer sur le droit européen dérivé, à savoir les directives, les règlements,…. En effet, suivant la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes (renomée Cour de justice de l’Union européenne), le droit européen, dérivé ou primaire, prime pour l’instant toute source de droit national. Les relents gaullistes se font sentir dans cette proposition : cela met ostensiblement en avant un retour vers une relative indépendance nationale, souhaitée et défendue par le Général. Dans ce même sens va également la proposition visant à renégocier les traités européens.

 

Les accets gaullistes se font également entendre dans le programme international. Le Front national met en exergue le retour à la possession des frontières (en matière migratoire et économique) ; sur l’aspect migratoire, je ne suis pas certain que de Gaulle aurait les thèses du Front national ; mais en ce qui concerne la possession économique des frontières, il me paraît probable que le Général aurait défendu une possession véritable de celles-ci. Puis, ne pouvant espérer refaire de la France seule une puissance de premier plan, le Front national souhaite l’associer à la puissance économique déjà établie en Europe (l’Allemagne) et celle montante (la Russie) pour former une grande alliance dénomée Paris-Berlin-Moscou. Ceci, je crois, consistera plutôt en des mesures visant à poursuivre la chimère de la grandeur, de l’influence et vivre dans l’ombre de ces pays.

 

La mesure prévoyant la sortie de l’euro est à relier au souverainisme gaulliste : celle-ci vise à rendre à la France son indépendance monétaire. Suite à la sortie de la zone dite « euro », la France pourrait à nouveau être maîtresse de l’émission de sa monnaie.

 

Dans le sens de l’Etat fort, impliqué dans la vie économique, le Front nationale propose de nationaliser les banques de dépôt, si une situation mettant en grave péril les dépots des particuliers se faisait sentir. Cette nationalisation pourrait n’être que partielle et temporaire. Le protectionisme prôné par Mme Le Pen prévoit également la mise en place « de protections intelligentes aux frontières face à la concurrence internationale déloyale ».

 

Le Front national veut également rendre les pouvoirs démocratiques au peuple français et ainsi – je le crois – briser les dernières chaines l’attanchant à la tradition parlementariste de la IVème République : toute révision constitutionnelle devra désormais passer devant le peuple, le Parlement réuni en Congrès n’ayant plus le droit d’accepter ou de refuser une telle modification. Puis, s’impregnant de la tradition helvétique de grande participation du peuple à la vie politique, « le référendum d’initiative populaire serait inscrit dans la Constitution et les conditions de son organisation seraient allégées afin de permettre un réel exercice de la démocratie directe ».

 

Il y a assurément des influences gaullistes dans ce programme ; il est possible qu’elles soient même plus présentes que dans d’autres programmes, se revendiquant directement du gaullisme. Peut-être est-il même parfois poussé à l’excès ; peut- être certaines mesures sont plus gaullistes que celle du Général de Gaulle.

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19.01.2012

Gaspard, René Benjamin

Poursuivant mon projet de décrypter chaque livre récompensé du prix Goncourt, je me suis attelé à la lecture de roman intitulé « Gaspard », de l'écrivain René Benjamin. Ce livre fut édité chez Fayard en 1915 et reçut le Goncourt de cette même année.

Il était présumable, au vu du contexte de l’époque, qu’un livre traitant de la guerre soit récompensé. L’auteur de « Gaspard » est semblable à Adrien Bertrand, lauréat du prix Goncourt 1914, en divers points : les deux hommes sont partis au front défendant leur patrie, ont été grièvement blessé, ont écrit sur cette guerre terrible. Mais là où Bertrand voit un patriotisme pur, exempt de toute ombre, la vision de René Benjamin est nuancée. Mais ce patriotisme reste présent ; c'est probablement pour cette raison que Léon Daudet et Lucien Descaves le soutinrent.

Le personnage autour duquel gravite le récit se nomme Gaspard. C’est un phénomène à lui seul : issu, comme il s'en vante souvent, du petit peuple parisien, « de la rue de la Gaîté », il s’engage pour partir en découdre avec les « Alboches ». Il quitte sa Bibiche, son « mioche » et « sa vieille » pour le front. La notion de patriotisme, de défense de la patrie est présente dans son esprit mais, contrairement aux personnages de l’ « Appel du sol », il n’invoque pas sans cesse cette idée abstraite pour justifier son engagement : il est simplement là pour venir tuer du « Pruscot » avec ses « copains » soldats - c'est en tout cas ce qu'il affirme.

Au front, il ressent l’horreur de la solitude : Il voit tomber les hommes de son unités, ses « copains », ses amis. Rapidement, son régiment est décimé et Gaspard blessé à la fesse. Il est soigné à l’hôpital. Pendant ses six semaines de convalescence, il croit que la France progresse vers la victoire, que les russes pressent les prussiens sur le front de l'Est... Comme il tombe des nues, lorsque, guéri, il est réintégré, retourne dans le village où il avait séjourné avec son unité précédente et qu'il constate que la ligne de front ne s'est pas modifiée. Pendant une courte période, il vit en caserne. Dans ce lieu, pour tenir tête au sergent, il se fait déclarer inapte : à cause de cela, il est confiné avec son ami Mousse dans la caserne ; il se trouve confronté à une horreur de la guerre, celle de l’immobilisme, de l’attente et de l’ennui. Ne pouvant plus souffrir cette situation, il parvient à se faire mobiliser et repart au combat. A peine sorti de sa tranchée, son ami Mousse meurt, atteint par une salve de balles ; peu après, c’est au tour de Gaspard que d’être blessé, pour la seconde fois. Il ne s’en tirera pas à aussi bon compte : sa jambe sera amputée. Le destin s’occupe bien du convalescent, car un homme providentiel, fabricant de prothèses, lui propose de travailler pour son entreprise pour un salaire de 300 francs, ce qui semble être une somme agréable. Enfin, pour bien terminer l’histoire, Gaspard retourne dans son foyer, avec sa « vieille », sa « Bibiche » et son « mioche ».

Gaspard est un homme détonant : une attraction irrésistible s’échappe de lui, un incroyable pouvoir de séduction : à peine débarqué dans son unité, il parvient à faire graviter la vie du régiment autour de la sienne ; tous les soldats s’attachent à lui, de l’universitaire bourgeois au petit commerçant ; et ce de manière tout à fait naturelle. Gaspard incarne l’image du « Parigot », bonhomme et grande gueule, simple et doux, un peu roublard et orgueilleux tout de même. Au sein du régiment, il devient rapidement la mascotte : tous ses compagnons l’aiment, veulent être avec lui ; tous sont ses « copains ». Ce Parisien fait preuve d’une joie à toute épreuve ; il est en quelque sorte le paradoxe du front : dans ces tranchées où ne semble régner que la mort, Gaspard est porteur de vie, de joie. Il peut parfois s’énerver, se vexer, mais les affronts et les colères, vite oubliées, s’effacent rapidement au profit de sa gaieté usuelle. Même sa jambe amputée ne peut entamer son caractère : il fait montre d’autodérision, se moque de son infirmité.

Cet homme se liera d’amitié – les autres sont ses « copains » – avec des soldats « qui parlent bien et connaissent beaucoup de choses ». D’abord avec Burette, journaliste de son état ; celui-ci tombera sur le front, là où le héro reçut sa première blessure. Gaspard, ne voulant laisser sous le feu de l’ennemi son ami à peine atteint d’une balle, le hisse sur ses épaules et porte ce lourd fardeau humain, sur des mètres et des mètres, jusqu’aux tranchées. Pour ce faire, l’invincible soldat, l’irréductible poilu brave le danger des balles prussiennes et la canonnade germanique. Là, il montre l’indéfectible fidélité dont il fait preuve à l’égard de ses amis. Après, lors de son premier séjour à l’hôpital, un sentiment amical se créera entre lui et l’infirmier, petit bourgeois redoutant terriblement la possibilité du front. Puis enfin, lors de sa réintégration dans l’armée, Gaspard rencontrera Mousse, dont il deviendra rapidement l’ami. Cet homme est cultivé, universitaire. Avec lui, notre héro pourra discuter d’Hugo, et d’autres auteurs dont il a lu les livres. On apprend d’ailleurs que Gaspard apprécie beaucoup la lecture de ses grands auteurs.

Ces rencontres illustrent la mixité sociale qui règne dans l’armée ; toutes les classes sociales se mélangent : la bourgeoisie, la paysannerie et le petit peuple. L’auteur présente cela comme un grand avantage de cette vieille institution qu’est l’armée. Elle efface les barrières des classes pour établir une fraternité entre les hommes ; ces personnes d’horizons différents se mélangent pour ne former qu’une unité, qu’un corps. Ce qui, je le crois, est encore valable aujourd’hui. Un fossé se creuse d’ailleurs entre les hommes ayant abandonné la vie civile, étant montés au front et ceux qui sont restés à l’arrière, au sein de leur foyer. Les second ne peuvent comprendre ce qu’est la condition de soldat, ce qu’est la vie lorsque rodent constamment, tels des vautours affamés, la peur et la mort.

On note, déjà dans ce roman, les accents antiparlementaires de René Benjamin. Les soldats se battent, tandis que les députés siègent, s’adonnent à la parole, à l’inaction. Ils sont décrits comme étant la cause de la guerre, de la faim qui tient l’estomac des guerriers, de la mort des camarades au champ d'honneur,… C’est sur eux que se porte la haine et la jalousie. Il n'est guère étonnant de lire cela lorsque l'on pense à ce que deviendra l'auteur.

S’agissant du style, le roman est assez bien écrit. Dans la lignée d’un Zola, les personnages issus du peuple s’expriment avec un langage populaire – l’orthographie suit ce parler populaire – : « Dans c’métier-là, faut pas essayer d’comprendre. Ils nous possèdent et nous aut’, on est qu’des matricules ! ». Je préfère, pour ma part, le style populaire célinien : plus travaillé, plus authentique, plus poétique.

Gaspard reste un roman agréable à lire ; une ode à la bonhommie, à la joie de vivre, contrastant avec le paysage et l'horreur de la première guerre mondiale.

11.01.2012

Un jour, un Goncourt : L'appel du sol, Adrien Bertrand

Un jour un Goncourt.

 

Le nom de l’écrivain Adrien Bertrand a surgit des pages d’une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Le biographe parlait à ce moment de la littérature de la première guerre mondiale, de Drieu et de Jünger s’étant battu dans le même secteur, et, entre autre, d’Adrien Bertrand.

 


Ce nom est aujourd’hui tombé dans l’oubli ; pourtant, il y a un siècle de cela, aux allentours de 1914, ce patronyme était sur les lèvres de tout bon littérateur ; il se répercutait sur les murs, les planchers, les plafonds de ces pièces, de ces cafés, de ces salons où les lettres françaises étaient discutées. Demeure cependant une question : qui était cet homme, aujourd’hui humble inconnu ?

 


Il était français, appartenance qui scella son destin ; il était pacifiste mais ne put résister à l’appel du sol, du sol de sa patrie, de son peuple, de ses aïeux ; il partit au front, âgé d’à peine 25 ans, soucieux d’endiguer l’invasion prussienne, de protéger l’intégrité territoriale de la France ; sous les coups de la mitraille du Kaiser, il fit preuve d’une insigne bravoure, comme tant d’autres illustres soldats, dont les noms et les faits sont oubliés de nous ; son poumon droit fut perforé par un éclat ferré, alors qu’il chevauchait parmis ses hommes ; cette blessure, que les médecins malgré tous leurs efforts ne purent soigner, prolongea son agonie, la fit durer deux ans encore, deux longues et pénibles années qu’il vécut, se sachant condamné ; son existence fut sacrifiée à la patrie, comme celles de millions d’autres soldats, fauchés dans la fleur de la jeunesse, alors qu’il venait à peine d’entamer leur vie. Il fut également écrivain, lauréat du prix Goncourt de 1914, pour son roman « l’Appel du sol ».

 


Dans ce roman, l’on suit les étapes significatives de la vie d’un bataillon français de chasseurs alpins : le baptême du feu et le premier sang versé ; l’assaut héroïquement désespéré qui forcera la retraite de l’unité ennemis ; les larmes versées sur les tombes des morts ; l’attente du combat et le « repos » du guerrier, à quelques kilomètres à peine du front, où les explosions des obus se font encore entendre ; la vie à l’arrière d’un soldat blessé puis son retour dans l’unité ; les doutes perpétuels des hommes : « Que faisons nous là ? ». L’histoire est terminée par la mort du bataillon, de ses membres, de ses chefs. Adrien Bertrand met en scène trois hommes particulièrement : le lieutenant Lucien Favre, le sous-lieutenant Vaissette et le capitaine Quéré. Les trois sont les chefs des sections du bataillon, les trois meurents sur le champ d’honneur.

 


Ces trois hommes discutent souvent de leur engagement, des raisons de leur présence sur ces champs de mort. Deux des hommes s’opposent de façon radicale dans la manière de concevoir leur engagement. Cependant, cette opposition n’est que façade ; en effet, les deux se rejoignent sur l’essentiel. Le premier, de Quéré, se bat pour sa foi, pour son Dieu, pour la France catholique du Nord qui le vit naître ; le second, Vaissette, se bat quant à lui pour les lumières, pour l’esprit et le rayonnement de culture française, pour la France rationnelle et universaliste de Voltaire, de Rousseau, de Montesquieu… Après avoir discuté et longuement médité, les deux hommes, d’âge mûr, parviennent au constat qu’ils combattent pour la même chose, pour la France. Bien qu’ils la voient de manière différente, ils sont prêts à mourir ici, dans cette tranchée, pour cette patrie qu’ils aiment, que tous les chasseurs aiment. Ils ont répondu à l’appel du sol, à cet appel auquel ils n’aurait pu résister, à l’appel d’une terre qui vit croître leurs ancêtres, d’un sol qui abrite et abritera pour des siècles encore leurs familles, leur foyer, les gens sur qui se portent leur amour, d’un territoire qui, quoique très différent de lieu en lieu, désire, exige même rester français. La différence fondamentale entre ces trois hommes et les autres soldats, qu’ils soient paysans ou bourgeois, réside dans la conscience de cet appel. Quéré, Vaissette et Favre ont compris les causes de leur engagement : ils font suite à l’appel de la terre française. Alors que l’innombrable masse de soldats n’a répondu que de manière inconsciente à cet appel. Ils sont là parce qu’ils doivent être là, parce qu’ils répondent à quelque chose de supérieur ; mais cet appel du sol, qu’à si bien su chanter l’auteur, n’est que latent dans leur esprit, se trouve enfoui dans l’inconscient collectif.

 

Paradoxal me direz-vous qu’un pacifiste se soit engagé dans cette guerre qui le fit périr et qu’au surplus il chante un patriotisme justifiant son engagement ainsi que celui de millions d’autres hommes ? Absolument pas vous répondrais-je.

 


Cette guerre est juste ainsi que nécessaire selon le soldat français. Le français, de par son appartenance à sa patrie, se doit de défendre l’intégrité territoriale de son pays. Le français se doit d’accepter le sacrifice ultime consistant en la mort pour permettre à ses concitoyens de pouvoir poursuivre la vie qu’ils menaient avant l’entrée en guerre. Le français se doit d’aller au front, le cœur léger, répondre à l’appel de la terre, de sa terre.

 


Vaissette, à travers qui – je le crois – s’exprime au commencement du récit les doûtes de l’auteur, justifiera cette guerre d’un argument supplémentaire : à la vue de prisonniers allemands, il dira : « Cette guerre maudite donnera le goût, à ceux qui l’auront vécue, d’une plus grande douceur dans les mœurs et dans l’esprit ». Ô combien s’est trompé l’auteur, lorsque l’on pense à la suite des événements, à la marche de l’histoire. Peut-être a-t-il, en fin de compte, eu de la chance à décéder lors de la guerre et ainsi à ne pas voir les camps nazis, russes, chinois, les massacres coloniaux, les tragédies de l’histoire… L’homme, contrairement aux propos de Bertrand, ne possède guère cette capacité à tirer une leçon des erreurs de ses ancêtres ; ou si peu. Ô combien l’histoire est cyclique, tragiquement cyclique…

 


Ce livre, malgré la guerre et les horreurs qui s’y attachent, est emprunt d’humanité : les soldats sont des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts propres, et rien de plus. Une peur quasi-incontrôlable se saisit d’eux lorsque la mitraille prussienne gronde, lorsque les explosions se font entendre au dessus de leurs bérêts souples ; ils sont emplis d’adrénaline lors la charge sonne, lorsqu’ils se trouvent face à leur ennemis, prêt à le pourfendre de leur baïonnette ; ils admirent la bravouer de leurs chefs, Favre, Vaissette ou de Quéré, tentent de l’égaler, de la surpasser ; ils pleurent les soldats tombés ; ils rient, essayent vainement de profiter du temps qu’il leur reste à vivre...

 


L’on ne peut que remarquer l’infinie tendresse présente en chacun : la mort du capitaine Nicolaï, premier commandant du bataillon, marquera profondément Lucien et ses chasseurs : son souvenir sera constamment présent en leur sein, il leur rendra la force qui leur fait défaut par moment ; Nicolaï incarnait la figure de meneur et de père. Vaissette et Lucien sont similaires à deux frères : ils s’aiment profondément, malgré les différences qui les opposent, malgré les petites querelles qui les confrontent. J’y vois, peut être à tort, les deux frères Bertrand : Vaissette, le plus âgé, serait Adrien ; Lucien, le plus jeune, le plus naïf, serait Georges, petit frère de l’auteur, descendu aux champs Elysées, à qui est dédié le livre.

 

Lucien, au cours du roman, sera blessé. Son destin le mènera dans un petit hôpital de campagne, où il rencontrera Marguerite. Avec cette charmante parisienne, réfugiée dans l’arrière-pays, s’éveillera une passion, rendant la réintégration de Lucien plus difficile. Cependant, l’officier français saisit, dès qu’il quitte son amante pour le front, ce pourquoi il se bat, l’importance de son engagement. Il ne s’agit pas uniquement de Marguerite. En longeant le chemin, le lieutenant favre remarque l’insigne beauté du paysage français, sa diversité, ses variations, ses tons et ses couleurs changeant au gré des heures. Il comprend que son amour est une des raisons qui le poussent à partir. Mais il sent également que quelque chose de supérieur le force, l’oblige à s’en aller, vers ce front détestable où la mort l’attent : « c’était l’appel de la terre française ».

 

Un instant avant la bataille, le lieutenant Frave proclame : « Camarades, vous avez senti, je le vois, qu’on est heureux de mourir pour la France ». Suit ce passage que je trouve particulièrement beau : « Ce fut tout. Les hommes avaient compris. Servajac avait revu une haute prairie cévenole et le vent dans les châtaigniers ; Angielli, les tavernes des quartiers marseillais enfiévrées de disputes politiques ; Rousset, le champ d’oliviers et de vignes dormant au soleil ; Pluchard, les cabarets de la Butte, le moulin de la Galette et les dimanches populaires au bord de la Marne ; Diribarne, le vol des palombes sous les verts ciels d’automne des côtes et des cimes pyrénéennes : ce qui était vraiment pour chacun d’eux la France, ce pour quoi ils l’aimaient ». Cet extrait montre que tous ces hommes sont partis se battre par amour de la France, d’une France qu’ils concoivent différement, mais pour laquelle ils partagent un amour similaire. Le capitaine Quéré ne saurait mieux exprimer cela : « Vaissette et moi n’aimons pas notre pays pour des raisons parreilles, mais nous l’aimons parreillement ».

 

L’auteur, au fil des pages, nous fait comprendre que le bataillon sera détruit pendant l’assaut final, que ses chefs seront tués ; les héros de cette troupe en sont d’ailleurs conscients : c’est leur destin de périr sur ce champ, dans cette tranchée, par amour de leur pays. Cela ajoute une impression tragique à la narration, mais exacerbe la beauté, la magnifiscence de leur sacrifice. La dernière scène est particulièrement émouvante : Vaissette, le sous-lieutenant, est touché par un éclat. Il se trouve étendu sur le sol. Alors qu’un brancardier arrive à sa hauteur pour le porter à l’arrière, le sous-lieutenant demande : « Nous avons pris la tranchée ? ». Il apprend que la ligne prussienne est en déroute, puis celui-ci s’enquière du sort du lieutenant Favre. Le brancardier lui répond : « Il est tué. ». « - Ah, fit Vaissette en gardant son sourire. Il acceptait tous les deuils. Il put interroger encore : - Le capitaine… Il dut s’arrêter. Le sang affluait brusquement de la poitrine enfoncée à la gorge. Il acheva : - … de Quéré ? Le brancardier répéta : - Il est tué. – Ah ! dit encore doucement Vaissette. Les hommes se baissaient, afin de le soulever. – Laissez-moi, dit-il très bas… Il répéta dans son sourire : - Tués… Il ajouta : - Moi aussi. Son regard s’était éteint. Il eut un râle et un dernier frisson de tout le corps. Il put rouvrir les yeux. Il fit un effort. Alors, il murmura, en les fermants à jamais : - Mais la France continue !... ». Vaissette, à travers qui s’exprime Adrien Bertrand, montre que la mort n’est que peu de choses comparativement à la possibilité, de par son sacrifice, de faire « continuer » la France, de la faire vaincre, de la faire briller encore quelque peu .

 


Malgré la beauté de ce texte, il subsiste quelques imperfections : un soldat, à peine introduit dans le récit, justifie, sans attendre, son engagement. Ce sont là ces premières paroles. Il transparait indubitablement que son seul rôle est de permettre à Vaissette et à Lucien Favre de s’exprimer et de franchir un sueil dans leur dialogue philosophique. Ensuite l’on retrouve également certaines expressions étranges, certains assemblages de mots qui semblent imcompréhensibles. Sont-ce des erreurs ? La langue française a-t-elle perdu de sa richesse depuis le début du siècle passé ? Je ne le sais. Un autre élément qui pourrait étonner, voire déranger le lecteur, se trouve dans l’idéalisme absolu dont fait preuve l’auteur. Je l’apprécie ; un lecteur différent pourrait toutefois l’abhorrer. Dans l’esprit d’Adrien Bertrand, les hommes portant l’uniformes bleu ont tous, sans exception, répondu à l’appel du sol : il y en a certes qui sont absents, qui sont restés chez eux (pour la plupart, des bourgeois), mais ceux qui sont présent, en première ligne, sont venus de leur plein gré, pour répondre à « l’appel de la terre française ». L’auteur ne prend pas en compte le fait que ces soldats, pour certains certainement, sont là à cause du caractère obligatoire de la mobilisation ; sans celle-ci, ils ne seraient vraissemblablement pas venus.

 


Exceptés ces quelques détails de peu d’importance, « l’Appel du sol » est un excellent livre, illustrant parfaitement le patriotisme relatif à l’époque de la première guerre mondial. Il s’agit d’un roman narrant l’union de soldats, de combattants, d’un peuple ; le lien inébranlable qui unit un peuple à sa terre, à son sol ; le lien qui mènera les hommes à l’union ultime, le retour à la terre des ancêtres par amour de son sol : la mort.

30.12.2011

Parrainage des élus socialistes

La France s'illustre une fois de plus par sa tradition peu - voire anti - démocratique. Après les reproches sévères d'un pouvoir politique filant le parfait amour avec le pouvoir judiciaire (je pense aux diverses affaires ayant agitées le paysage politique français (Lagarde, Villepin, Takiedin pour ne citer que celles ayant frappées la famille de la droite)), après la non-représentation de l’opinion de 20% des Français aux deux chambres parlementaires, un nouvel événement terrible, qu'il serait possible de qualifier de scandaleux, s'est produit en France.


Aujourd'hui, le parti socialiste, par l'intermédiaire de sa secrétaire générale, Martine Aubry, a réclamé que tous les élus socialistes parrainent le candidat du Parti. "Qu'aucun parrainage d'élus socialistes et républicains ne manque à notre candidat". Cette sentence est sans appel : elle pourrait être comparée, à bien des égards, à une menace dont les conséquences demeurent encore floues. Simple réprimande ou sortie forcée du parti, nul ne connaît encore les « punissions » qui pourraient découler de cette phrase. Elle s'adresse bien évidement à tous les "petits" candidats établis sur le plateau politique de gauche, n'ayant pas assez d'élus de leurs propres partis pour se présenter sans le parrainage de maires socialistes.


Le but de cette sentence est d'éviter à tout prix l'éparpillement des voix à l'instar de 2002, où le candidat socialiste, Lionel Jospin, n'avait pas pu accéder au second tour. Le PS a attribué cette défaite aux petits partis de gauche qui leur ont « dérobés » les voix des bons citoyens …; d'autres l'attribuent à la particulièrement mauvaise campagne du candidat socialiste.


Malheureusement, les partis - le PS dans le présent cas - voient leur propre et unique intérêt avant l'intérêt démocratique. Le parrainage ne signifie pas qu’un maire soutienne les idées de son filleul, mais symbolise bien plus le soutien à la diversité, le soutien au dialogue, le soutien à la démocratie. Cette mesure permet d'assurer la diversité dans un paysage politique où le Parlement ne la garantit pas, et assure une certaine visibilité aux idées des candidats « outsider ». Cette importance accordée aux idées des petits candidats, par le biais du parrainage, permet que les questions qu'ils soulèvent imprègnent l'opinion publique, puis, ayant acquis une importance certaine auprès du peuple français, soient discutées à l'Assemblée Nationale nonobstant la non-représentation des partis qui les portent en leur cœur.

 

 

La menace prononcée par le Parti socialiste pourrait raisonnablement être reprise par l’UMP, si ce n’est pas déjà le cas… Il convient de se demander s’il ne faut pas permettre le parrainage anonyme qui garantirait d’une manière certaine la diversité du tableau politique, et ainsi une démocratie plus saine ?

19:12 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parrainage, élus, socialiste, maires, ps, france, politique | |  Facebook

Le Patriote, Raphaël

Petit commentaire d'une chanson de Raphaël

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